Les tiques
Sommaire
1. Qu’est-ce qu’une tique ?
2. Cycle évolutif des tiques dures
3. Distribution des tiques
4. Rôle pathogène des tiques
5. L’influence de l’homme sur la quantité et la distribution des tiques
Qu’est-ce qu’une tique ?
Les tiques sont des « parasites », c’est-à-dire qu’elles se nourrissent et vivent à partir d’un autre animal. Toutes les espèces de tiques sucent le sang des vertébrés, principalement des mammifères terrestres et des oiseaux ; elles sont appelées « hématophages » (littéralement : « qui mange du sang »).
Elles sont parmi les plus grands Acariens, mesurant, suivant l’espèce, de 1 mm à 5 mm de longueur à jeun, et jusqu'à 30 mm lorsqu'elles sont gorgées de sang.
Les tiques sont des parasites d’espèces plus grosses. Mais elles sont elles-mêmes également porteuses d’autres parasites : des bactéries, des métazoaires, des protozoaires, etc.
Les tiques peuvent donc transmettre à leur hôte des maladies dues à ces parasites ; elles sont des « vecteurs » pour ces maladies, appelées « maladies vectorielles à tiques ».
En médecine, on appelle « parasites » des organismes entraînant une maladie humaine (« parasitose »), quelle que soit leur espèce. Il y a par exemple les Babesia responsables des babésioses dans le cas des tiques, ou le Plasmodium responsable du paludisme.
Classification des tiques
Les tiques appartiennent à la classe des arachnidés et à la sous-classe des acariens. Elles constituent l’ordre des Ixodida. Elles se distinguent à leurs pièces buccales modifiées, le rostre, qu'elles utilisent pour piquer leur hôte et s'y attacher, et par l'organe de Haller, un organe sensoriel spécialisé de l'extrémité des pattes antérieures et qui sert à localiser des hôtes potentiels.
Il existe environ 850 espèces de tiques dans le monde.
Au niveau mondial, les tiques se répartissent en deux grandes familles :
Classification des tiques (ordre des Ixodida)
Les tiques molles (Argasidés)
Les tiques molles ont un tégument (enveloppe externe) mou.
Leur cycle de vie peut être composé de 11 stades, car elles peuvent avoir jusqu’à 8 stades larvaires différents.
Les tiques dures (Ixodidés)
La famille des Ixodidés est la plus importante en médecine.
Le tégument des Ixodidés contient des zones dures. Ces tiques n’ont que trois stades de développement (détaillé ci-dessous).
Chez les Ixodidés, les principales familles sont : Ixodes, Amblyomma, Dermacentor, Haemaphysalis, Boophilus et Rhipicephalus.
Il y a en France 41 espèces de tiques dures. La plus importante de par sa distribution et son rôle dans la transmission de maladies est Ixodes ricinus.



Cycle évolutif des tiques dures
La vie d’une tique dure se compose de trois stades de développement : larve, nymphe et adulte. A chaque stade, la tique prend un unique repas sanguin, sur un hôte différent à chaque fois. Chaque stade est séparé par une phase de métamorphose, qui se déroule dans le sol ou dans un terrier. Les tiques peuvent vivre jusqu’à trois ans.
Cycle de vie de la tique Ixodes ricinus à trois hôtes différents.
Les larves et les nymphes sont de très petite taille et peuvent ne pas être visibles facilement : la larve mesure entre 0,5 et 1 ,5 mm et la nymphe 1 à 2,5 mm. Les larves n’ont que trois paires de pattes, alors que les nymphes et les adultes en ont quatre.
Larve hexapode de tique Ixodes ricinus, éclairage de Rheinberg (remerciements à Biosphoto).
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Les conditions de survie des tiques
Durant tout son cycle de vie, la tique ne passe qu’environ trois semaines sur l’hôte, et passe le reste du temps (2,5 à 3 ans) dans le milieu extérieur. La durée du cycle dépend donc fortement des conditions écologiques et climatiques, notamment du climat (température et humidité), du sol et de la couverture végétale. L’activité des tiques est la plus forte au printemps et en automne.
La tique est active au-dessus de 4-5°C. En-dessous, elle entre dans une phase où son activité métabolique se ralentit ; cette phase est appelée « diapause ». La métamorphose et la ponte se font respectivement à 8°C et 10-11°C. La tique peut survivre entre -20°C (femelle adulte) et +41°C. Elle a également besoin d’un taux d’humidité élevé : 80-85 %.
Des études ont montré que la densité des tiques (et donc le risque de maladie) est lié au nombre de jours dans la saison où la tique est active.
Le repas sanguin
À chaque stade de développement, la tique prend un unique repas de sang qui dure de 2 à 15 jours suivant l’espèce et le stade : larve, nymphe ou adulte femelle ; le mâle adulte ne se nourrit pas. Le repas sanguin le plus important est celui de la femelle adulte, car il précède la fécondation et la ponte ; la femelle Ixodes ricinus peut grossir de 200 fois quand elle est gorgée de sang.
Les hôtes des tiques
Les tiques parasitent des mammifères, des oiseaux et des reptiles. Les tiques adultes parasitent des animaux plus gros que les larves. Ainsi, les larves parasitent de petits mammifères, notamment les rongeurs. Les mammifères de taille moyenne (lièvres) et de grande taille (cervidés, bétail, chevaux) sont parasités par des tiques des trois stades.
Les genres de tiques anciens (Ixodes et Haemophilus) ont une diversité d’hôtes : reptiles, rongeurs, lapins, moutons, chevaux, cervidés, homme, etc. À l’inverse, pour les genres plus évolués (Dermacentor), le choix des hôtes est différent suivant le stade de développement.
La présence de gibier et de bétail influe sur la présence des tiques et le risque de maladies liées : dans les zones où le gibier ou le bétail est très présent, le nombre de tiques et celui de cas de borréliose de Lyme (la principale maladie transmise par les tiques) sont importants.
Les petits mammifères, les oiseaux et les reptiles sont appelés « réservoirs » de la bactérie responsable de la maladie de Lyme (Borrelia burgdorferi), c’est-à-dire qu’ils lui servent d’habitat et lui permettent de se diffuser. L’Homme n’est qu’un « hôte accidentel » de cette bactérie, car il ne lui permet pas de se rediffuser après le repas sanguin.
Le choix de l’hôte
En sortant de sa métamorphose, la tique va se placer sur la végétation ou dans un terrier. Les adultes peuvent grimper jusqu’à 1,5 m ; mais contrairement à une idée reçue, les tiques ne grimpent pas aux arbres. Pour localiser des hôtes potentiels, la tique utilise un organe sensoriel spécialisé de l'extrémité des pattes antérieures, l'organe de Haller. Elle est capable de détecter un hôte à partir des odeurs, des mouvements d’air, du dioxyde de carbone ou d’une variation de température ou de luminosité.
Le repas de sang
Sur l’hôte, la tique se fixe de préférence sur les zones à peau fine.
Le rostre, ou hypostome (2 sur la figure ci-dessous), sorte de « bouche », pénètre progressivement dans l’épiderme de l’hôte. Les chélicères (3) servent à entailler l’épiderme. En même temps, la sécrétion salivaire permet de ramollir et digérer les tissus de la peau. Ensuite, la tique produit une sécrétion salivaire particulière, une sorte de colle, et fabrique un manchon qui va se solidifier, pour relier le rostre à l’épiderme (« manchon hyalin », ou « cément »). La tique est donc bien ancrée à l’épiderme de l’hôte ; c’est pourquoi pour ôter une tique, il est nécessaire de tourner la tique (à l’aide d’un « tire-tique) pour détacher le manchon hyalin et pour éviter d’arracher le corps de la tique en laissant le rostre dans la peau.
Lors du repas de sang, la tique alterne aspirations de sang et injections de sécrétions salivaires. L’aspiration de sang et l’injection de salive s’accélèrent à la fin du repas (c’est-à-dire les dernières 24h sur 5 jours). La tique double de volume dans les dernières 24h. Il y a donc plus de risque de transmission d’agents pathogènes en fin de repas, c’est pourquoi il est préférable d’enlever toute tique le plus rapidement possible.
En même temps, la tique injecte des substances anesthésiantes qui diminuent localement l'immunité de l'hôte.
De plus, la tique concentre le sang au fur et à mesure qu’elle le prélève ; le volume de sang prélevé est environ le triple de celui du corps de la tique en fin de repas. Ce phénomène peut provoquer une anémie (manque de fer dans le sang) chez les animaux piqués par de très nombreuses tiques.
Distribution des tiques
De manière générale, les genres anciens de tiques (Ixodes et Haemophilus) se retrouvent dans les forêts. À l’inverse, les genres plus évolués (Dermacentor) privilégient des formations végétales ouvertes : steppes et prairies. La structure de la forêt, c’est-à-dire son découpage et la connectivité entre les parcelles, ont leur importance pour l’abondance des tiques.
Les tiques sont également présentes en zone urbaine et périurbaine.
Distribution d’Ixodes ricinus
C’est la tique la plus présente en France. Elle vit sur l’ensemble du territoire, excepté en bordure méditerranéenne et dans les zones situées à plus de 1 200 m d’altitude. Il existe de très grandes variations de distribution d’une région à l’autre et même d’un site à l’autre.
Elle se retrouve dans la végétation à fort taux d’humidité, par exemple dans les forêts de feuillus.
|
Densité des nymphes (nbre/100m2) |
Taux d’infection (%) |
Densité des nymphes infectées (nbre/100m2) |
Alsace |
146 |
18 |
26,4 |
Lorraine : Meuse |
59 |
8 |
4,5 |
Limousin : Creuse, Haute-Vienne |
121 - 74 |
13-12 |
15,3 - 8,8 |
Auvergne : Puy-de-Dôme, Allier |
27 - 47 |
18 -10 |
4,7 - 4,7 |
Basse-Normandie : Calvados, Orne |
81 - 111 |
9 - 10 |
6,9 - 11,4 |
Haute-Normandie : Eure, Seine-Maritime |
41 - 52 |
13 - 13 |
6,6 - 5,2 |
Île-de-France : Essonne (Forêt de Sénart) |
73 |
11 |
8,4 |
Densité des nymphes d’Ixodes ricinus dont les nymphes infectées en France (d’après Chapuis et al, 2010)
Distribution de Dermacentor marginatus
C’est une espèce vivant en milieu chaud (thermophile), qui se retrouve sur le pourtour méditerranéen. En France, on la retrouve sur tout le territoire, sauf dans les zones les plus froides. Elle préfère les milieux ouverts et secs : Poitou, Aquitaine, Midi-Pyrénées, midi méditerranéen et Corse. Elle est présente jusqu’à 1000 m d’altitude.
Distribution de Dermacentor reticulatus
Cette espèce préfère les climats tempérés ou froids et se retrouve en région moins chaude que D. marginatus. On la trouve en France, Allemagne, Autriche, Pologne. En France, elle est peu présente ; on la trouve dans le Sud (Provence, Massif Central) sauf à l’extrême Sud.
Cette espèce préfère les zones de bocages, de culture et d’élevage.
Distribution d’Haemaphysalis punctata
On la retrouve sur le pourtour méditerranéen, jusqu’en Afrique du Nord.
En France on la retrouve dans le Massif Central et le Centre, dans les Alpes, le Sud-ouest, la région parisienne et la Bretagne. Elle est absente de l’extrême Sud de la France.
Tiques plus rares en France
Ixodes canisuga
Elle est connue dans toute l’Europe, du Danemark à l’Espagne, et y compris la France.
Ixodes trianguliceps
Cette espèce se retrouve également dans toute l’Europe, jusqu’en Suède. Elle privilégie les forêts humides de conifères ou feuillus.
Rhipicephalus sanguineus
Elle est trouvée essentiellement dans les régions méditerranéennes.
Haemaphysalis concinna
Elle est présente dans les forêts anciennes où vivent des cervidés.
Haemaphysalis inermis
En France, on la retrouve dans les forêts de feuillus ou mixtes, et les prairies.
Hyalomma marginatum
On la trouve dans le Sud de l’Europe, mais il en existe quelques traces dans le Nord de l’Europe.
Rôle pathogène des tiques
Le rôle pathogène
Parmi les arthropodes, les tiques sont les plus importants vecteurs d’agents pathogènes ; pour les raisons suivantes :
- Elles sont très communes dans nos milieux tempérés.
- Elles prennent des repas de sang volumineux et longs, ce qui augmente le risque d’ingestion de parasites par les tiques et leur transmission. La transmission des germes a lieu entre un et trois jours d’attachement de la tique. Par conséquent, une détection de la tique et son retrait immédiat diminue grandement les risques d’infection.
- Une tique infectée le reste toute sa vie, voire elle transmet ses germes aux générations suivantes. Des études ont montré que l’infection par des germes au cours d’un repas sanguin est de 1% pour une larve, 10 à 30 % pour une nymphe et 15 à 40 % pour un adulte. En effet, les tiques sont parasites à tous les stades de leur vie ; elles s’infectent ou infectent d’autres animaux tout au long de leur vie. De plus, les germes sont conservés lors des mues ; une tique femelle peut aussi transmettre les germes à ses œufs.
- Elles parasitent de nombreux groupes de vertébrés (reptiles, oiseaux, mammifères), ce qui permet la circulation des agents pathogènes entre les différents groupes.
- De plus, comme elles prennent des repas longs (plusieurs jours), elles sont transportées par les animaux hôtes parfois sur de longues distances, notamment pour les grands animaux (cerfs) et les oiseaux, en particulier les migrateurs. Les tiques sont ainsi déplacées d’une région à l’autre, et les germes avec elles.
- L’anatomie des tiques fait qu’elles sont de bons réservoirs de germes. Leur tube digestif, où se retrouve le sang ingéré, est au contact des autres organes, donc les germes peuvent passer facilement dans le reste de l’organisme.
Elles sont souvent porteuses de plusieurs agents pathogènes en même temps, provoquant chez l’hôte (dont l’Homme) plusieurs maladies, appelées alors « co-infections ». Puisqu’il y a plusieurs causes, le diagnostic et le traitement sont rendus difficiles.
Pour déterminer le risque d’infection chez l’homme de ces maladies, en particulier de la borréliose de Lyme, les scientifiques mesurent la densité de tiques et la densité de tiques infectées (le nombre de tiques par unité de surface).
Agents pathogènes transmis par espèce de tique
Agents pathogènes transmis par Ixodes ricinus
Cette tique, la plus courante, est connue pour transmettre la borréliose de Lyme (organisme : Borrelia burgdorferi) ainsi que d’autres co-infections : babésioses (Babesia diversgens et B. microti), fièvre Q (Coxiella burnetii), ehrlichioses (Anaplasma sp. = Ehrlichia sp.), tularémie (Francisella tularensis) et encéphalite à tique causée par un virus.
La borréliose est due à plusieurs espèces de bactéries du genre Borrelia
. Une étude récente en Alsace a montré la prédominance chez cette tique des espèces Borrelia afzelii (infectant davantage les nymphes)et B. garinii (infectant davantage les adultes), suivies de B. valaisiana. Borrelia burgdorferi sensu stricto est rarement trouvée chez la tique Ixodes ricinus.
Il existe une corrélation entre la densité des tiques infectées par les différentes espèces de Borrelia et l’incidence de la borréliose de Lyme. Selon les régions, il peut y avoir jusqu’à 150 nymphes/100 m2 de forêt, dont 24 nymphes infectées/100m2. Dans certains cantons d’Alsace où le nombre de cas de borréliose de Lyme est très élevé, il peut y avoir jusqu’à 114 tiques infectées/100 m2 de forêt.
Les principaux agents pathogènes transmis aux humains et aux animaux par Ixodes ricinus en France métropolitaine (d’après Bineau, S., 2009).
Agents pathogènes transmis par Dermacentor marginatus
La tique D. marginatus est principalement vectrice de l’anaplasmose bovine (Anaplasma ovis) et de la piroplasmose (Babesia caballi et Theileria equi).
Elle transmet à l’homme le syndrome TIBOLA (Rickettsia slovaca). Elle est suspectée de transmettre également d’autres bactéries : rickettsioses (Rickettsia coroniiI et R. sibirica), maladie de Lyme (Borrelia burgdorferi), babésioses (Babesia canis),fièvre Q (Coxiella burnetti), tularémie (Francisella tularensis). Elle transmet aussi des virus : virus de la fièvre hémorragique d’Omsk, virus de l’encéphalite à tique.
Agents pathogènes transmis par Dermacentor reticulatus
Cette tique transmet aux chiens la babésiose canine (Babesia canis).
Chez l’Homme, c’est un vecteur du syndrome TIBOLA (Rickettsia slovaca). Elle est supposée transmettre la maladie de Lyme (Borrelia burgdorferi), la tularémie (Francisella tularensis), la fièvre Q (Coxiella burnetti), des rickettsioses (Rickettsia coroniiI et R. sibirica), ainsi que les virus de l’encéphalite à tique et de la fièvre hémorragique d’Omsk.
Agents pathogènes transmis par Haemaphysalis punctata
C’est un vecteur important des Theleiria et de plusieurs piroplasmoses (plusieurs Babesia et Theileria). Elle est suspectée de transmettre également la maladie de Lyme (Borrelia burgdorferi) et des virus.
Tiques plus rares en France
Ixodes canisuga
Elle transmet une babésiose (Babesia missiroli).
Ixodes trianguliceps
Cette tique est connue pour transmettre à l’homme : la borréliose de Lyme (Borrelia burgdorferi), la babésiose humaine (Babesia microti), la tularémie (Francisella tularensis), la fièvre Q (Coxiella burnetii) et le virus de l’encéphalite à tique.
Rhipicephalus sanguineus
Cette tique est porteuse de la fièvre boutonneuse méditerranéenne (Rickettsia conorii). Elle pourrait aussi transmettre d'autres pathogènes (Coxiella burneti et autres Rickettsia).
Haemaphysalis concinna
Cette tique transmet la tularémie (Francisella tularensis) et la méningo-encéphalite à tique (virus TBE).
Hyalomma marginatum
Cette tique transmet plusieurs babésioses (Babesia canis, B. ovis, B. caballi, et B. equi), des rickettsioses (Rickettsia aeschlimanii, R. Pathogenic) et la fièvre Q (Coxiella burneti).
L’influence de l’homme sur la quantité et la distribution des tiques
Vue d’ensemble des relations entre l’homme, les changements écologiques et démographiques, et leur influence sur l’incidence des maladies vectorielles à tiques (d’après Lindgren et al, 2006)
Les modifications climatiques
Déterminer les influences des changements climatiques sur les tiques et les risques d’infection est complexe, à cause des multiples facteurs entrant en jeu : hôtes, tiques, végétation, utilisation des sols, comportement humain, etc.
Il est établi que, puisque le climat aux hautes latitudes devient moins rigoureux, des tiques Ixodes ricinus sont observées plus au Nord : en Suède par exemple. En conséquence, on observe une augmentation de l’encéphalite à tiques dans la région de Stockholm. De la même manière, des tiques sont observées à de plus hautes altitudes (en Tchécoslovaquie).
De plus, les changements climatiques auront des effets indirects sur l'abondance des hôtes des tiques, comme le cerf, et celles des hôtes réservoirs d’agents pathogènes comme les rongeurs et les oiseaux.
Les modifications d’utilisation des sols
La couverture végétale a une influence sur l’humidité du sol, ce qui en retour influence la survie et le cycle de vie de la tique.
En Europe Centrale, à cause du changement climatique, l'épicéa commun (Picea abies) est remplacé progressivement par le hêtre (Fagus sylvatica). Or, les feuilles mortes fournissent un microclimat favorable aux tiques (humidité).
Les modifications des espèces hôtes
L’homme modifie l’écologie des régions et les distributions des espèces animales : gibier, rongeurs, etc. Les changements climatiques modifient également les répartitions des animaux. Ceci a une répercussion sur la répartition et la densité des tiques.
Les animaux « exotiques » introduits peuvent avoir des influences. Par exemple, le Tamia de Sibérie est un écureuil originaire de Corée. C’est un « nouvel animal de compagnie », vendu en France. Des spécimens ont été relâchés dans la nature par leurs propriétaires, et il s’est répandu dans des forêts, en Île de France et Picardie. Dans la forêt de Sénart (Essonne), sa population est estimée entre 10 000 et 20 000 individus. Or, cet écureuil porte des nombreuses tiques Ixodes ricinus, et des chercheurs ont montré qu’il semble être réservoir de la bactérie responsable de la borréliose de Lyme (Borrelia burgdorferi), c’est-à-dire susceptible de lui permettre de se développer et la transmettre à l’homme.
Sources :
- Bineau, S. La tique dure Ixodes ricinus dans le marais Breton-Vendéen : étude de sa distribution spatio-temporelle et des facteurs influant sur sa présence
- Chapuis J.-L., Ferquel E., Patey O., Vourc’h G., Cornet M., 2010. Borréliose de Lyme : situation générale et conséquences de l’introduction en Île-de-France d’un nouvel hôte, le tamia de Sibérie. Bulletin épidémiologique hebdomadaire ; Hors-série Zoonoses : pour une approche intégrée de la santé à l’interface Homme-Animal. Pages 6-8
- Gray J. S., Dautel H., Estrada-Peña A., Kahl O., Lindgren E., 2009. Effects of Climate Change on Ticks and Tick-Borne Diseases in Europe. Interdiscip Perspect Infect Dis.; 2009: 593232. doi: 10.1155/2009/593232.
- Lindgren E., Jaenson T.G.T., 2006. Lyme borreliosis in Europe: influences of climate and climate change, epidemiology, ecology and adaptation measures. Organisation Mondiale de la Santé. EUR/04/5046250
- Postic D., Baranton G, 2006. Prévalence de l’infection des tiques Ixodes ricinus par Borrelia burgdorferi sl en Alsace, corrélation avec l’incidence de la maladie. Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire Numéro thématique Les zoonoses en France, 27-28.
- Reis C, Cote M, Paul RE, Bonnet S., 2010. Questing Ticks in Suburban Forest Are Infected by at Least Six Tick-Borne Pathogens. Vector Borne Zoonotic Dis. [Sous presse]
Merci à :
- Dr. Brigitte Degeilh. Maître de Conférences des Universités-Praticien Hospitalier, CHU de Rennes
- Franck Fruedisueli, Université de Lincoln, Tick Identification Key
- Christian Gautier, agence Biosphoto
2011, Cécile Musy, Master Médias et Médiations, Université de Bourgogne.




